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La sécurité routière, pour une meilleure application du Code de la route
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  • Efforts salutaires de l'Etat pour limiter les dégâts
  • Un travail associatif à renforcer
La problématique de la sécurité routière soulève, sans cesse, des polémiques, appelle à des révisions successives du Code de la route et engendre la promulgation de nouvelles lois. Le phénomène des accidents de la route est devenu en effet, nationalement, angoissant. Pour tenter de le cerner, il faudra d'abord trouver le moyen de développer le sens civique des usagers de la route, polir leur manière d'aborder la voie publique et responsabiliser, à parts égales, et le conducteur et le piéton.

Il y a lieu de rappeler que la question fait partie des préoccupations des autorités officielles au plus haut niveau.

En abordant le sujet lors des Conseils ministériels, à intervalles réguliers, en donnant des directives, notamment lors des grandes occasions (rentrée scolaire et universitaire, période estivale, grandes fêtes, Nouvel an, etc.) et en créant l'Observatoire national de la sécurité routière, le Président de la République veille à réunir les facteurs nécessaires à une sécurité fiable et viable sur les routes afin de réduire, au maximum, les risques d'accidents et épargner, par voie de conséquence, des vies humaines et les handicaps corporels.

Pour mieux cerner les tenants et aboutissants de cette question, nous avons contacté MM. Afif Frigui et Abdelhafidh Fadhlaoui, respectivement président de l'Association tunisienne de la prévention routière et président de l'Association nationale de sécurité routière, qui ont bien voulu nous entretenir de la situation. Etat des lieux

Les actions nombreuses et diversifiées, entreprises par les institutions législatives et exécutives, par les associations actives et par les médias, ne semblent pas suffisantes pour réduire la fréquence des accidents, faire reculer le nombre de décès, comprimer des chiffres tragiques qui accusent, à certaines heures de la journée et dans certains mois de l'année, des pics alarmants.

En 2005, pour le mois d'août seulement, 1.083 accidents ont été enregistrés. Au mois de février de la même année, le chiffre se situait aux alentours de 700. Le nombre de décès était pour le mois d'août - mois visiblement de tous les excès - de 211 décès sur la route. Le total de vies brutalement arrêtées pendant 2005 est de 1.519 et presque autant de familles frappées par le sort.

L'attitude du conducteur à corriger

Si on voulait commencer par le commencement, l'attitude du conducteur au volant mérite que l'on s'y arrête un moment. La voiture, comme la plupart des autres moyens de locomotion, octroie à ses conducteurs des impulsions enivrantes de liberté voire de puissance qui peuvent devenir dangereuses quand elles ne sont pas contrôlées ou, du moins, freinées. Or, avec les jeunes conducteurs, les buveurs, les "m'as-tu-vu", les naturellement nerveux et les toujours pressés, cela fait déjà beaucoup de monde.

Le self control ainsi que la modération ne sembleraient pas être des qualités très en vue chez ces catégories de conducteurs. Le Code de la route et toutes les formes de contraintes dompteuses représentent dans l'esprit de ceux-là un ordre qu'il est de bon ton de transgresser. Pour eux, le respect des feux rouges et de toutes formes de signalisation n'est pas synonyme d'éducation ni de civisme, mais renvoie, par une association perfide d'idées et d'images, à la contrainte et à l'obligation qui briment leur envol fou. Les excès de vitesse, le non-respect des lignes continues, les dépassements en troisième position, à plus forte raison, si les chevaux de la mécanique le permettent, sont devenus synonymes d'aisance, de puissance et parfois même de virilité.

L'état de certaines routes, aussi

Par ailleurs, et dans le même esprit de constat, l'état des routes représente également un autre facteur en relation de cause à effet avec les accidents. En effet, le réseau routier, bien qu'il se soit considérablement amélioré, reste cependant très en deçà des exigences qu'implique le nombre de nouvelles voitures mises en circulation chaque année et la densité du trafic multiplié pendant les grandes vacances de l'été. Idem pour les normes de sécurité ; les bas-côtés ne sont pas bien entretenus, les chaussées sont exiguës, la visibilité est réduite dans certaines grandes voies. Pour ce qui est des autoroutes, bien que convenablement entretenues, certaines d'entre elles, pourtant très fréquentées, sont parfois craquelées, nécessitant une restauration au plus vite.

Les séparations entre les deux sens ne sont pas toujours hermétiques et permettent à certains téméraires d'accéder au sens contraire par un détour en pleine autoroute. Un état des lieux qui mérite sûrement un plus grand intérêt de la part des autorités.

Autre phénomène qui contribue de façon déterminante à la recrudescence des accidents, c'est l'ignorance du Code de la route à peu près par tout le monde, à plus forte raison par les visiteurs, par les compatriotes résidents à l'étranger, mais aussi par l'ensemble des citoyens.

La conduite des piétons également en cause

Une autre catégorie a été mise à l'index à cause de sa désinvolture déconcertante, ce sont les piétons qui, pour la plupart d'entre eux, font très peu cas des passages cloutés, des signalisations et ne se gênent nullement de se faufiler entre les voitures en faisant fi des règles les plus élémentaires de bonne conduite. Attitude que le non-respect des passages piétons par les conducteurs et l'exiguïté des trottoirs ne sauraient justifier.

Tous ces facteurs, ainsi combinés, font que l'on récolte par jour en moyenne 5 morts. Et que le nombre de blessés par an se compte par milliers. Le chiffre arrêté en 2005 est de l'ordre de 15 mille blessés, dont certains vivent avec des handicaps profonds et incurables.

Cet état de fait a appelé à la révision du Code de la route, encore une fois. Un projet de loi est actuellement soumis à la Chambre des Députés pour étude. Les mesures stipulent notamment la création d'un fonds de prévention des accidents de la circulation.

Parallèlement, les montants de certaines sanctions ont été fixés comme suit : 6 dinars pour les infractions de la première catégorie, 10 dinars pour les infractions de la deuxième catégorie et 20 dinars pour les infractions de la troisième catégorie. Le permis, quant à lui, ne sera plus retiré sur les lieux de l'infraction, la mesure étant remplacée par une amende relativement importante à payer dans les recettes des finances. Mais le retrait du permis peut être décidé par une commission après étude et selon le type et la gravité de l'infraction.

Une situation d'urgence qui a appelé des mesures d'urgence.

Pour des sanctions dissuasives

Les associations, remarquables par un travail de fond en matière de sensibilisation qui se fait notamment auprès des jeunes générations avec l'apport et l'appui des organismes officiels, ont donné leur avis et appelé à une application systématique et équitable de la loi. Citons la première de ces associations, forte de son expérience, active sur le terrain depuis 1962, l'Association tunisienne de la prévention routière, avec à sa tête M. Afif Frigui qui pense qu'une loi, pour être respectée, doit être dissuasive et non pas permissive. Les sanctions devraient, de ce point de vue, être plus dures.

M. Abdelhafidh Fadhlaoui, président de l'Association nationale de sécurité routière, pense pour sa part que le permis est une pièce d'identité et représente surtout le gagne pain d'une partie non négligeable de la population tunisienne, de sorte que le retirer signifie, ni plus ni moins, réduire l'intéressé à l'indigence.

Des morts et des handicapés récoltés chaque jour sur nos routes, des vies tout simplement détruites et des familles privées de leurs seuls soutiens financier et moral. Une situation d'urgence qui a appelé des mesures d'urgence. Sinon, faut-il le rappeler que les lois sont faites pour être respectées, c'est l'essence même de la modernité et de la vie en communauté. Tout le monde devra s'y conformer. Les sanctions, quant à elles, représentent un autre moyen efficace pour le rappel de l'interdit. Si une ligne rouge est tracée, c'est pour ne pas être dépassée, sinon vous méritez la sanction et devez le reconnaître et l'accepter, c'est aussi cela le civisme.

H.l. - La Presse (Tunis)
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