disait Layla, une Française d'origine tunisienne, venue en Tunisie pour y passer les vacances. Ce témoignage constitue un point de vue objectif sur la conduite «à la tunisienne».
Ce malaise, certes, fait partie du quotidien des Tunisiens, conducteurs soient-ils ou piétons. Il est encore plus intense dans les grandes villes. La conduite anarchique atteint son apogée dans la capitale. C'est là où les types d'infractions sont commis avec «art». Les conducteurs professionnels passent le plus clair de leur temps à commettre et à subir les infractions. Si la conduite routière constitue une sorte de communication, elle est placée très souvent, sous le signe de l'incompréhension. Le respect du Code de la route fait couramment défaut, laissant libre cours à une attitude légère et irresponsable.
Aussi, est-il important de s'interroger sur le comportement des conducteurs par rapport au Code de la route et sur ce qu'ils pensent du dispositif mis en place afin d'appliquer les lois de la sécurité routière.
Tarak est taxiste depuis quelques années. Il fait partie des jeunes professionnels dans ce domaine. Pour lui, le respect du Code de la route est relatif. «Certaines interdictions sont, à mon avis, indiscutables. Je cite, par exemple, le fait de rouler à contre-sens sur une autoroute. C'est trop dangereux.
En revanche, opter pour un accès interdit, peu fréquenté, pour faciliter la circulation ou le fait de dépasser 90 km/h sur une route, dont le trafic est peu intense ou encore recevoir une communication téléphonique parfois urgente font partie du quotidien du conducteur», avoue Tarak. Il ajoute qu'en Tunisie, personne ne respecte vraiment le Code de la route. «Chacun conduit comme il veut, suivant son intérêt et sa manière de voir les choses. Il est à noter que le conducteur est en permanente réaction avec l'entourage routier. Je ne peux pas, en effet, rouler à 50 km/h devant un lycée ou une école, ou encore dans une rue très fréquentée tant par les conducteurs que par les piétons», note-t-il.
Par ailleurs, Tarak montre, en outre, du doigt le comportement des piétons, qui n'hésitent pas à traverser la route en toute nonchalance. Il implique également les chauffeurs de bus qui, à son avis, optent pour la plupart pour un comportement anarchique, égocentrique et très risqué.
Pour Walid, un autre taxiste, le respect du Code de la route dépend des moments de la journée. «Pendant la journée, mon respect pour la signalisation routière est infaillible, car le contrôle y est rigoureux. Par contre, la nuit, je ne respecte pratiquement pas ces règles, car le risque et le contrôle, tous deux sont faibles», souligne-t-il. Pour ce qui est, en effet, du «contrôle», ou plus précisément du dispositif mis en place pour appliquer les règles de la sécurité routière, il s'avère négativement jugé par les conducteurs.
Pour Tarak, ce sont souvent les agents de la circulation qui compliquent les choses. «Parfois, à défaut de signalisation lumineuse et en plein trafic, les agents de la route manifestent une certaine négligence, en restant en retrait.
Walid, quant à lui, trouve parfois le dispositif mis en place en Tunisie unpeu trop «lucratif». «Sous d'autres cieux, lorsqu'on plante un radar, on informe les conducteurs par la radio et la télévision afin qu'ils prennent leurs précautions. Chez nous, on le plante au beau milieu des touffes d'arbres et l'on se cache pour te piéger.»
L'aspect dissuasif par rapport au non-respect du Code de la route, grâce aux spots de sensibilisation, mais aussi à l'information portant sur les drames de la route, compte beaucoup : «Pour moi, une sensibilisation assidue ferait son effet et me rappellerait constamment l'idée du risque et celle de la mort», reconnaît Walid.
Pour Tarak, la sensibilisation est, certes, importante, mais son effet est moindre par rapport au contrôle et à l'application «juste» des lois.
Rachida et Mondher se promènent en plein centre-ville avec leurs deux bouts de choux Amel et Ramla, âgées respectivement de 10 et 7 ans. Pour eux, inculquer les principes du comportement routier est une tâche qui revient surtout à l'école. «A l'école, l'enfant prend toujours au sérieux les choses. Enseigner aux enfants les principes du Code de la route leur permet de se préparer pour devenir, une fois adultes, de bons et sereins conducteurs, mais aussi des piétons conscients de la gravité de la route», indique Rachida.
D. Ben Salem - La Presse
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